L’Interprétariat dans le domaine de la santé ISM Interpretariat Santé

L’Interprétariat dans le domaine de la santé  ISM Interpretariat Santé

Comment soigner une personne quand on ne parle pas la même langue ? Comment établir un diagnostic fiable quand le patient ne comprend pas les questions posées ? Que reste-t-il du secret médical quand de tierces personnes, parfois des enfants, sont utilisées comme « interprètes de fortune » ?  Quelle est la place d’un interprétariat professionnel dans le milieu des soins ?

Partons d’un constat maintenant largement partagé : la société française est et sera interculturelle. Les mouvements et la présence de populations d’origines, de cultures et de langues diverses, constituent une réalité incontournable qui pose les questions essentielles de l’accueil de ces populations, de leur intégration, de leur accès aux droits et de la lutte contre les discriminations.

En effet, plusieurs millions de personnes d’origine étrangère, en particulier extra-européenne, vivent et travaillent en France depuis plusieurs décennies. Ils ont décidé de s’y installer durablement et d’en faire leur pays de cœur, d’adoption et de naissance. Hormis l’extrême-droite, on ne parle plus de la mythique « immigration zéro »…

De plus, l’élargissement de l’Union européenne et ses implications dans tous les champs de la vie quotidienne (économique, sociale et culturelle), deviennent tout autant une réalité qui permet de poser d’une façon plus large et tournée vers l’avenir la question de la pluralité linguistique et culturelle, et la question de la communication avec les personnes qui ne maîtrisent pas (ou peu) la langue française.

Ces problématiques concernent tous les champs de la vie en société. Un de ces champs est celui de la santé et des structures de soins.

Sans doute là plus qu’ailleurs, le besoin et la nécessité de la communication revêtent une importance particulière, pour au moins trois raisons :

au plan quantitatif : tout individu peut tomber malade, indépendamment de son âge, de son origine, de son sexe, de son statut professionnel, social ou administratif (ressortissant étranger, Français, ressortissant communautaire…). Les structures de santé accueillent de nombreux patients, d’autant que ce sont des services qui, comme les hôpitaux, fonctionnent en continu et en permanence (jours, nuits, week-ends, jours fériés).

au plan qualitatif : en situation de soins, les enjeux d’une bonne communication sont importants et parfois vitaux. C’est l’évidence : comment un médecin peut-il établir un bon diagnostic et conduire un traitement efficace avec un malade qui ne comprend, ni ne parle la même langue que lui ? Comment parvenir à l’observance thérapeutique si le patient n’a pu en comprendre l’intérêt ?

au plan « éthique » : d’un point de vue étymologique le mot « hôpital » vient d’« hospitalité »… Il accueille donc sans discrimination et sans préjugé. La qualité de l’accueil des patients au sein des structures de santé devrait rester la qualité première qui conditionne la qualité des soins. En ce sens, il apparaît normal que l’on se préoccupe des conditions d’accueil et de communication avec les patients et leurs familles qui ne parlent pas et ne maîtrisent pas suffisamment la langue française. Cet impératif est même inscrit dans la « Charte des droits du patient hospitalisé » : les établissements de santé garantissent la qualité de l’accueil ; l’information doit être accessible ; un acte médical ne peut être pratiqué qu’avec le consentement libre et éclairé du patient.

Mais on peut aller plus loin dans la réflexion : la maladie est aussi un fait social global qui a une interaction sur et avec l’ensemble des conditions de vie d’une personne.

Dans le cas des Migrants, souvent se rajoutent à des conditions de précarité (sociale ou administrative), les conditions de l’isolement, de l’incompréhension, de la différence culturelle et de ses représentations symboliques qui, face à la maladie ou à la mort, revêtent une grande importance.

C’est pourquoi, les structures de santé et de soins, -en ce qu’elles constituent un lieu de croisement de l’ensemble de ces dimensions et enjeux-, constituent aussi un miroir où apparaissent clairement les capacités de toute la société à accueillir, à s’adapter et à se moderniser.